Massage lomi-lomi : le rituel hawaïen qui s’invite dans les formations spa
Techniques de massage Bien-être 29 juillet 2026

Massage lomi-lomi : le rituel hawaïen qui s’invite dans les formations spa

Né dans les familles hawaïennes bien avant l’arrivée des premiers spas de luxe, le massage lomi-lomi doit son nom à un geste tout simple : lomi, masser, pétrir, presser, répété deux fois pour dire l’insistance et la continuité du mouvement. Longtemps interdit sous l’administration coloniale de l’archipel, il a retrouvé droit de cité au XXe siècle grâce à quelques praticiennes traditionnelles. Aujourd’hui, ce massage aux gestes enveloppants gagne du terrain dans les cartes de soins françaises et occupe une place à part dans les parcours de formation, comme celui que propose l’Académie des Rituels du Spa à Schiltigheim.

On l’imagine volontiers comme une carte postale exotique : huile chaude, parfum de monoï, musique de ukulele en fond sonore. La réalité hawaïenne est plus rude. Sur l’archipel, le lomi-lomi a longtemps été un geste clandestin, transmis en famille, à l’abri des lois qui restreignaient l’exercice des kahuna, les praticiens traditionnels. Il aura fallu près d’un siècle pour que cette pratique retrouve sa légitimité, avant de s’exporter jusque dans les instituts de bien-être et les écoles de massage françaises.

Ambiance rituelle aux bougies évoquant la dimension cérémonielle du massage lomi-lomi

Aux origines, un geste de famille avant d’être un soin de spa

Le mot lui-même raconte une histoire. En hawaïen, lomi signifie masser, presser, pétrir ; répété, il insiste sur la répétition et la continuité du geste plutôt que sur une technique isolée. Selon le magazine culturel hawaïen Ke Ola Magazine, la pratique existait d’abord dans un cadre strictement familial, où les gestes de massage servaient à soulager une colique, une indigestion ou une blessure, bien avant de devenir un soin codifié. Deux catégories de praticiens en assuraient la transmission : les kāhuna lā’au lapa’au, qui associaient plantes médicinales et toucher, et les kāhuna hāhā, spécialisés dans le diagnostic par palpation.

Cette transmission se faisait à l’intérieur de l’ohana, la famille élargie, de génération en génération, et non dans une école au sens où on l’entend aujourd’hui. Le geste n’y suit pas une séquence fixe de manœuvres nommées, comme dans les massages occidentaux hérités du modèle suédois. Il s’adapte à la personne, à son souffle, à sa posture du moment : c’est un des points que les formateurs actuels doivent réexpliquer aux stagiaires habitués à des protocoles plus normés.

Une interdiction de près d’un siècle, puis une renaissance culturelle

L’histoire du lomi-lomi est aussi celle d’une pratique mise sous tutelle. Selon les archives réunies par la National Library of Medicine, une association de guérisseurs traditionnels de Wailuku publiait dès 1867 un rapport intitulé « Must We Wait in Despair » pour défendre l’efficacité des pratiques médicinales hawaïennes face aux tentatives de restriction du royaume. Le débat s’est soldé, dans un premier temps, par une reconnaissance officielle sous forme de licence plutôt que par une interdiction totale. Mais les décennies suivantes, marquées par l’annexion américaine, ont vu les autorités territoriales encadrer puis marginaliser plus durement les pratiques de soin autochtones, au profit de la seule médecine occidentale reconnue.

La renaissance viendra du terrain, portée par des figures singulières. Margaret Machado, issue d’une famille de kahuna et devenue l’une des premières praticiennes hawaïennes titulaires d’une licence de massage officielle, choisit de transmettre son savoir familial à des élèves venus de tout le pays, hawaïens ou non, une démarche alors inhabituelle pour une tradition jusque-là réservée à l’ohana. Sa biographie la présente comme la seule personne certifiée par l’État d’Hawaï à enseigner officiellement le lomilomi. Ce mouvement de fond a rejoint un réveil culturel plus large porté, entre autres événements, par la première traversée du canoë traditionnel Hōkūle’a vers Tahiti en 1976, qui a redonné une légitimité publique aux langues et savoirs hawaïens longtemps mis à l’écart.

La philosophie du geste enveloppant

Ce que le lomi-lomi transmet aujourd’hui dans les spas garde la trace de cette histoire. La pratique s’appuie sur la philosophie huna, selon laquelle tout, dans le corps comme dans les relations humaines, cherche l’harmonie plutôt que la contrainte. Concrètement, cela se traduit par des mouvements longs, réalisés avec les avant-bras autant qu’avec les mains, qui enchaînent plusieurs zones du corps sans rupture, à la manière d’une vague qui revient sans jamais s’arrêter tout à fait.

C’est la différence la plus nette avec un massage californien ou un massage suédois classique, construits autour de manœuvres nommées et enchaînées (effleurage, pétrissage, friction) que l’on peut isoler les unes des autres. Le lomi-lomi, lui, ne se découpe pas aussi facilement : le praticien cherche une continuité de contact, une respiration commune avec la personne massée, plus qu’une succession de techniques. Cette dimension, souvent qualifiée d’énergétique dans la littérature professionnelle, tient moins à un discours ésotérique qu’à une exigence très concrète de rythme et de présence, ce qui explique pourquoi elle demande un temps d’apprentissage spécifique, au-delà de la seule mémorisation des gestes.

Etirement du bras lors d'un massage, geste enveloppant proche de la technique du lomi-lomi

Une place grandissante dans les cartes de soins

Le contexte sectoriel aide à comprendre cet engouement. Selon le Global Wellness Institute, le nombre d’établissements de spa dans le monde est passé de 71 800 en 2008 à 201 861 en 2024, pour un chiffre d’affaires mondial de 157 milliards de dollars la même année. Dans un marché aussi dense, les enseignes cherchent des soins capables de différencier leur carte : un massage à forte identité culturelle, avec un nom et une histoire, répond directement à ce besoin.

En France, le lomi-lomi a suivi cette logique. Des enseignes de thalassothérapie comme Thalazur l’ont inscrit à leur carte aux côtés des soins plus classiques, et il figure désormais dans le menu de nombreux spas d’hôtels et d’instituts urbains, souvent positionné comme un soin signature plutôt qu’un massage d’appoint. Cette montée en puissance transforme mécaniquement la demande de formation : un praticien capable de proposer un lomi-lomi maîtrisé dispose d’un vrai levier de différenciation face à des collègues qui ne pratiquent que les techniques les plus répandues.

Le lomi-lomi, un module à part dans les parcours de formation

C’est dans ce contexte que la question de la formation prend tout son sens. À l’Académie des Rituels du Spa, école installée à Schiltigheim, le lomi-lomi n’est pas enseigné en solitaire : il forme, avec le massage californien, l’un des neuf modules techniques du parcours complet en 205 heures. Ce choix pédagogique n’est pas anodin : les deux techniques partagent une même logique de mouvements amples et enveloppants, ce qui permet aux stagiaires de construire une gestuelle cohérente plutôt que d’empiler des protocoles disparates.

Camille Becht, fondatrice de l’école, insiste sur ce que l’histoire du massage impose à l’enseignement :

« On peut montrer une gestuelle en quelques heures. Comprendre pourquoi elle existe, ce qu’elle vient chercher chez la personne qui la reçoit, ça prend plus de temps. C’est ce temps-là qu’on donne aux stagiaires. »

Camille Becht, fondatrice de l’Académie des Rituels du Spa

Le module dédié au lomi-lomi et au massage californien s’inscrit dans un parcours encadré par une équipe de formateurs aux profils variés, et validé, pour ceux qui suivent le parcours complet, par un certificat d’école Camille Becht. Financé via le compte personnel de formation, ce parcours permet également de valider le Bloc 2 du titre RNCP 38447 « Praticien en Massages Bien-être », référencé par France Compétences, grâce au partenariat avec l’École Internationale du Spa de Paris ; le titre complet suppose de valider ensuite les blocs 1, 3, 4 et 5 chez ce partenaire.

Préparation de l'huile de massage en salle de pratique avant l'exercice du geste lomi-lomi

Transmettre un geste sans le vider de son sens

Reste une question que l’engouement commercial ne résout pas de lui-même : comment enseigner à distance, en Alsace, un geste né dans un contexte familial et spirituel précis, sans le réduire à une simple gamme de mouvements esthétiques ? C’est le nœud pédagogique que doit gérer toute formation qui inscrit le lomi-lomi à son catalogue.

Camille Becht y voit une question de fidélité plus que de folklore :

« On ne cherche pas à faire du hawaïen de carte postale. On explique d’où vient le geste, ce qu’il représente, pour que le stagiaire le pratique avec respect et pas seulement avec technique. »

Camille Becht, fondatrice de l’Académie des Rituels du Spa

Du côté des établissements qui accueillent ensuite ces praticiens, cette exigence trouve un écho concret. Les hôtels partenaires de l’école en Alsace confrontent au quotidien la demande d’une clientèle de plus en plus curieuse de soins porteurs de sens.

Pour approfondir la manière dont ce parcours forme aux différentes techniques de massage bien-être, le guide complet pour débuter en formation spa détaille l’ensemble des modules et des conditions d’accès.

Ce que le lomi-lomi dit du bien-être de demain

Le regain d’intérêt pour le lomi-lomi ne se limite pas à un effet de mode passager. Il s’inscrit dans un mouvement plus large que le Global Wellness Institute observe année après année : une clientèle qui recherche des rituels ancrés dans une histoire et une culture précises, plutôt que des soins standardisés. Les cultures thermales ou les massages traditionnels, du hammam turc au lomi-lomi hawaïen, y gagnent une place croissante, non pas comme exotisme de circonstance, mais comme réponse à une demande de sens.

Pour les écoles de formation, cette tendance impose une double exigence : maîtriser la gestuelle et en respecter l’origine. C’est ce pari que l’Académie des Rituels du Spa tente de tenir en associant, dans un même module, technique et histoire.

Foire aux questions

Qu’est-ce que le massage lomi-lomi ?

Le lomi-lomi est un massage bien-être d’origine hawaïenne, caractérisé par des mouvements amples et enveloppants réalisés avec les mains et les avant-bras, dans une logique de continuité plutôt que de manœuvres isolées.

D’où vient le nom « lomi-lomi » ?

En hawaïen, lomi signifie masser, presser, pétrir. Le mot est redoublé pour insister sur le caractère répété et continu du geste, plutôt que sur une technique précise.

Le lomi-lomi est-il un massage thérapeutique ?

Non. Comme les autres massages de bien-être enseignés en institut, le lomi-lomi vise la détente et le confort de la personne massée ; il ne traite ni ne guérit aucune pathologie et ne se substitue pas à un acte de kinésithérapie.

Pourquoi le lomi-lomi a-t-il longtemps été restreint à Hawaï ?

Au XIXe siècle, les autorités du royaume puis du territoire d’Hawaï ont progressivement encadré et marginalisé les pratiques de soin traditionnelles des kahuna, au profit de la médecine occidentale, avant qu’un mouvement de reconnaissance culturelle ne relance ces savoirs au XXe siècle.

Qui a contribué à sa transmission au XXe siècle ?

Des praticiennes issues de familles de kahuna, dont Margaret Machado, ont choisi d’enseigner ce massage à des élèves extérieurs à leur famille, hawaïens ou non, contribuant à sa diffusion au-delà du cercle familial traditionnel.

Qu’est-ce que la philosophie huna, souvent associée au lomi-lomi ?

La philosophie huna, propre à la culture hawaïenne, pose que tout cherche l’harmonie. Appliquée au massage, elle se traduit par une recherche de continuité du geste et de présence, plus que par un ensemble de croyances à part enseigné pour lui-même.

Le lomi-lomi et le massage californien sont-ils identiques ?

Non, mais ils partagent une même logique de mouvements longs et enveloppants. C’est pourquoi l’Académie des Rituels du Spa les regroupe dans un même module de formation plutôt que de les enseigner séparément.

Le lomi-lomi se développe-t-il vraiment dans les spas français ?

Oui : plusieurs enseignes de thalassothérapie et de nombreux spas d’hôtels l’ont inscrit à leur carte de soins ces dernières années, dans un secteur mondial du spa qui est passé de 71 800 à plus de 201 000 établissements entre 2008 et 2024 selon le Global Wellness Institute.

Où se former au lomi-lomi en Alsace ?

L’Académie des Rituels du Spa, à Schiltigheim, enseigne le lomi-lomi au sein d’un module combiné avec le massage californien, intégré à son parcours complet de praticien en massage bien-être.

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